L’Alte Bach : la rivière de Michelbach-le-Bas

Après que des millénaires se soient écoulés dans le silence et dans l’ombre, et des siècles passant comme des jours, en ce matin du monde, dans un petit bout de terre qu’on appellera bien plus tard le Sundgau (1), la terre s’ouvrit sur les hauteurs d’un de ses versants. Une, puis plusieurs gouttes d’eau se laissent aller vers la pente. Confondues parmi des millions de gouttes, elles forment ce premier petit filet en serpentant au fond du petit vallon, creusant ainsi jours après jours son lit. Ce dégoulinement entraîne sur son passage deux autres ruissellements échappés d’ailleurs, puis ne savait que courir joyeusement vers une destinée inconnue…

Bien plus tard, après d’autres millénaires, des premiers nomades créent leurs campements sur ses deux rives attirés par la beauté des temps anciens. Pour ces itinérants cet endroit si plaisant, pourvu de cette source de vie et d’arbres centenaires, devient le lieu d’édification des premières huttes, puis de quelques maisons rudimentaires : une localité naît. On appela ce hameau dans le langage de l’époque « Mechlenbach » afin de rester en harmonie avec ce cours d’eau. Au fil du temps ce nom deviendra Michelbach-le-Bas. Ceci est donc la preuve que depuis son origine (vers le XIIe siècle), notre village est viscéralement attaché à son cours d’eau.

Un petit rappel peut être nécessaire : son nom « Michel » vient de « Mechlen » c’est-à-dire « Grand », et « Bach » se traduit par « ruisseau » ; Mechlenbach signifie donc « Grand ruisseau ». Puis, ce grand ruisseau devient le vieux ruisseau, l’Alte Bach. Mais, au fil des ans, il sera appelé l’Alter Bach et aussi l’Altenbach, autrefois à Blotzheim c’était le Michelbach !

(1) Sundgau : apparaît dans les textes au XIIe siècle

De la meunerie (XVIe siècle) à la réserve d’eau (XXe siècle)

En l’an 1585, rue du Moulin à Blotzheim, une meunerie se trouvait en bordure de l’ancien lit de notre ruisseau. Sous le Premier Empire des travaux sont exécutés en comblant une partie du lit de la rivière par des prisonniers espagnols afin d’augmenter la puissance du moulin par le meunier et homme politique Joseph Schultz. À sa mort,en 1870, ce moulin portant le nom « Schultzenmühle » possède 8 moulins… Son fils Joseph prit la suite au moulin et en politique mais n’a pas pu maintenir la renommé du moulin. Puis n’ayant pas de postérité, le moulin passe en plusieurs mains. C’est alors que personne n’a pu faire renaître le Schultzenmühle, qui après être resté à l’abandon a été entièrement été détruit à la fin du XXe siècle (2).

À la fin du XVIIe siècle, vers 1680, un autre moulin à farine s’est établi sur un de ses coteaux à Michelbach-le-Bas (actuellement au 11 rue du Moulin). L’énergie hydraulique est fournie par sa voisine, le Willerbach. L’eau est conduite par un canal sur 700m environ avant de rejoindre l’Alte Bach afin de faire fonctionner la grande roue à aube. L’activité du moulin a cessé au lendemain du premier conflit mondial…

Dans le village, des barrages ont été construits au niveau des deux ponts et de la passerelle de la rue du Moulin pour créer une réserve d’eau. Ils servaient à la régulation du débit en cas de fortes précipitations, ou dans le cas d’un incendie. Des canards aimaient y nager tranquillement. Les capacités de retenue d’eau de ces barrages restaient modestes mais utiles aux exercices des sapeurs-pompiers en attendant l’adduction d’eau en 1966.

(2) Blotzheim : histoire d’eau, ruisseau et sources, les moulins – Société d’Histoire de Blotzheim

Des travaux d’envergure (fin XXe siècle)

À partir de 1997, des travaux d’envergure ont été réalisés sur le ruisseau par le Syndicat Intercommunal des Cours d’Eau de la Région des Trois Frontières ; Michelbach-le-Bas en était membre depuis 1985 au côté de onze autres communes.

Consolider les berges et préserver la biodiversité

Lors de ces travaux, les différents barrages ont été supprimés et les berges ont été consolidées par enrochement notamment au niveau des méandres, où le risque d’érosion est plus important. L’ancien lit a été réaménagé afin que le niveau de l’eau soit régulé par un débit plus rapide. Par ailleurs, des travaux de rétablissement de la biodiversité par la végétalisation du site assurent le développement d’une nouvelle flore, surtout au niveau du centre du village.

Depuis sa source, une végétation luxuriante offre gîte et couvert à de nombreux oiseaux et forme une haie d’honneur avec ses arbres. Le bruit doux de l’eau qui ruisselle et les chants des oiseaux donnent cette belle symphonie apaisante offerte par la nature. Des demeures, des passerelles, des ponts se sont pourtant reflétés que sur une onde troublée par toutes les souillures durant de nombreuses années. Aujourd’hui, ceux-ci recommencent à se mirer dans un flot transparent grâce à l’assainissement collectif du bassin versant des trois localités traversées Michelbach-le-Bas, Ranspach-le-Bas et Ranspach-le-Haut. Comme la plupart des cours d’eau, il n’en est pour pas autant protégé de la pollution causée essentiellement par les pesticides, et les autres polluants, c’est aujourd’hui une préoccupation majeure.

Remédier aux aléas climatiques

Principalement des prairies et des vergers se succèdent le long de son parcours. D’après une étude du Conseil Général du Haut-Rhin et du Syndicat Mixte des cantons de Huningue et de Sierentz, les bassins versants de l’Alte Bach atteignent 1400 ha. Son régime dépend principalement des précipitations (régime dit pluvial), avec généralement des hautes eaux de décembre à avril et des basses eaux de mai à novembre. Ce schéma théorique est néanmoins remis en cause par les précipitations orageuses provoquant régulièrement depuis 1990 des coulées d’eau boueuse. Avec la pratique agricole et l’urbanisation, des crues décennales ou centennales sont toujours à craindre, mais divers aménagements ont déjà été effectués pour y remédier et d’autres seront encore réalisés. Avec les aléas climatiques provoquant également des périodes de sécheresse, le filet d’eau est amoindri.

Un débit d’étiage faible

Au cours de l’année, les débits d’étiage sont très faibles : les écoulements ne représentent alors qu’un mince filet d’eau ayant un débit mensuel moyen d’étiage de 6 litres par seconde soit 0,006 m³/ seconde (station de Blotzheim) ; des indications d’autres ruisseaux (m³/ seconde) : Augraben (Bartenheim-laChaussée) 0,176 – Lertzbach (Hégenheim) 0,045 – Liebsbach (Blotzheim) 0,003 – Munchendorfbach (Hésingue) 0,018 – Niedermattgraben (Steinbrunn-le-bas) 0,015 – Thalbach (Knoeringue) 0,001 (3).

(3) Rapport SCOT Huningue – Sierentz (mai 2013) – débit caractéristique en m³ /s – Agence de l’eau Rhin Meuse – Cabinert Waechter

L’Alte Bach : l’ornement central de Michelbach-le-bas

L’Alte Bach est l’ornement central le plus naturel de notre commune. Il donne à notre village un cachet particulier lié à son histoire. Son décor changeant au fil des saisons est entouré par de magnifiques habitations, dont celles en son cœur sont à colombages. Du printemps à l’automne, les compositions florales sur ses deux ponts lui donnent ce caractère authentique de carte postale.

Il faut également noter que la rue des Merles débouche sur un gué, un passage datant de la nuit des temps permettant l’exploitation agricole d’une partie des Lehmatten (Niedermatten) ou pour les promeneurs.

Les anciens se souviennent également que depuis le pont central, on pouvait, en suivant ainsi le lit de la rivière à pied et carriole, accéder aux prés de l’Oberermatten devenus les quartiers autour de la rue des Aulnes et de l’Altenbach. D’autres aiment évoquer des souvenirs de jeunesse, des parties de pêche ou la découverte de trous à écrevisses.

Depuis le Moyen-Âge, et pendant plus d’un millénaire, le village s’est développé sur ses deux versants avec un essor depuis une cinquantaine d’année, suite à l’adduction d’eau. La route suit la vallée de l’Alte Bach de Blotzheim à pratiquement sa source. Cette route change de coté du ruisseau dans le centre de notre village. Ranspach-le-Bas s’est construit principalement sur la rive gauche (à part le lotissement de l’Oberfeld vers Ranspach-le-Haut), notamment en suivant la route D419, l’ancienne nationale 19 et puis sur le versant sud longeant la D12. Ranspach-le-Haut s’étend uniquement sur l’autre rive, et est plus éloigné du cours d’eau.

Le cours de l’Alte Bach, de Ranspach-le-Haut à Bartenheim

Notre rivière prend sa source sur les hauteurs de Ranspach-le-Haut au lieu dit « In der kleine Almen », altitude 422 m, à environ 500 m du croisement de la D21.5 et de la D21 en direction des Trois Maisons. Après un parcours d’environ 7,2 km et un dénivelé d’environ 148 m, elle rejoint au niveau de la rue du Moulin à Blotzheim le Thurbach, le ruisseau change alors de nom et devient le Müehlbach.

À noter, qu’autrefois à l’entrée de Blotzheim le Mülhbach et le Michelbach (nom donné à Blotzheim au ruisseau l’Alte Bach) ne formaient qu’en seul cours d’eau dont le lit occupait celui du Mülhbach. C’est suite à des inondations successives que le Michelbach a abandonné son ancienne direction,certainement ce ruisseau a reçu le nom de Mülhbach après l’édification du moulin (4).

Puis ce cours d’eau rejoint le Wurmbach (source située à Kappelen) aboutissant à un plan d’eau à Bartenheim à proximité de l’autoroute A 35. En ce qui concerne le bassin qui recueille les eaux du Muehlbach, Mr. Gabriel ARNOLD, Adjoint au Maire de Bartenheim donne les précisions suivantes : « C’est une ancienne gravière créée lors de l’aménagement de l’A35. Il n’a rien de naturel et ne permet plus l’infiltration des eaux en raison du limon qui s’y est déposé. L’État avait essayé de trouver une solution pour permettre à ce ruisseau ainsi qu’au Muhlgraben qui vient de Bartenheim de s’infiltrer dans la nappe phréatique. L’A35 a sensiblement réduit la zone d’infiltration de ces deux cours d’eau provoquant ces dernières années de gros problèmes dans la Hardt dont les arbres commencent à dépérir à certains endroits en raison de l’eau de ces ruisseaux qui stagne ». Des Michelbachois, en se souvenant d’une sortie lors de leurs jeunes années qui suivait le cours d’eau de l’Alte Bach, se rappellent d’une impressionnante étendue d’eau d’infiltration dans la Hardt.

De nombreux ruisseaux issus des collines du Sundgau et alimentés par les nappes perchées des cailloutis pliocènes s’écoulent en direction du Rhin, certains s’infiltrent dans les alluvions de la plaine rhénane avant d’atteindre le fleuve. Les Cailloutis du Sundgau sont les témoins d’anciens dépôts d’alluvions du Rhin, remontant à l’époque pliocène et au quaternaire ancien (de 2,58 millions d’années à 11 700 ans avant notre siècle) où le Rhin coulait encore vers le sud et rejoignait la vallée de la Saône et du Rhône (5).

(4) Blotzheim : histoire d’eau, ruisseau et sources, les moulins – Société d’Histoire de Blotzheim

(5) SIGES Rhin-Meuse – OTE Ingénierie – Cabinet Waechter – Wikipédia

Les affluents de l’Alte Bach

L’Alte Bach a deux affluents :

  • l’Aubach, d’une longueur d’environ 2,3 km, prend sa source à proximité de celle de notre rivière pour la rejoindre vers l’entrée Ouest de Ranspach-le-Bas (direction de Ranspach-le-Haut),
  • le Willerbach qui prend sa source naturellement sur le même coteau mais sur les hauteurs de Michelbach-le-Haut et après un parcours d’environ 4,5 km se verse dans notre village à l’extrémité Ouest du quartier dont la rue porte son nom, l’Altenbach.

Les autres ruisseaux de la commune

Deux autres ruisseaux sont sur notre ban communal, le Bischofbach et le Turbach. Le Bischofbach, dont le départ se trouve à Ranspach-le-Bas (près du chemin de Kappelen), rejoint le Turbach près de la limite du ban de Blotzheim. À noter que le ruisseau Turbach n’a cette dénomination qu’à partir de la limite du ban, en amont c’est le Teufelsgraben qui s’écoule depuis les hauteurs d’ Helfrantzkirch.

À Michelbach-le-Bas, comme ailleurs la nature étale avec harmonie toute sa splendeur. Nos trois ruisseaux, comme le biotope crée en 2012 à l’orée de la forêt du Roggenberg (chemin de Brinckheim) sur les près nommés usuellement « Munimatta » en sont des éléments importants non seulement par la mise en
valeur de nos paysages, mais aussi des effets de corridors écologiques. L’écosystème étant si vulnérable, leurs bienfaits restent nombreux et touchent à la
fois la gestion des eaux pluviales et à la qualité de notre cadre de vie et favorisent la biodiversité, quelques petits poissons, batraciens et oiseaux etc.

Sur ces berges des plantes s’y épanouissent et attirent une vaste population d’insectes. Des arbres comprenant des essences variées (aulne, saule, frêne,
noisetier, sureau, etc.) assurent non seulement le maintien par leurs réseaux racinaires des berges, mais constituent également un élément indispensable à la bonne santé des cours d’eau, sans compromettre l’écoulement naturel de l’eau. Les cours d’eau attirent un grand nombre d’animaux de différentes espèces qui viennent s’y abreuver, s’y reproduire ou y vivre toute l’année. L’eau est pourvue de cette faculté de nous émerveiller par sa beauté naturelle. Elle
est enrichie par les effets de la lumière et de l’ombre. Elle attire depuis toujours les amis de la nature, photographes, reporters, cameramans, peintres, poètes ou écrivains… Ils savent magnifier cet élément, cette eau qui naît d’une minuscule goutte…source de vie !

…« Mais la source d’où je viens
M’a dit: couler, couler, tel était mon destin.
Mes eaux sont la Vie qu’à la Terre j’apporte
Et en mon sein c’est tout un monde que je porte ».

Illustrations via ce lien (toutes les photos)

Grand merci à toutes les personnes qui ont contribué à cette réalisation.

Novembre 2018
J-Marie Kelbert